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Cuisson des porcelaines et Faïences au « MOUFLE »

Dans tous les travaux céramiques, ce sont le four et la conduite de la cuisson qui décident du résultat final.
Les manuels de peinture sur porcelaine sont discrets sur ce sujet. On y décrit les fours et les ustensiles, mais pas ou peu comment s’en servir.
Pour éviter les cuissons désastreuses trop fréquentes, il y a quelques règles simples à respecter. Il faut aussi, dans la mesure du possible, identifier les causes de ces problèmes au cas par cas. Ceci apporte une aide précieuse, fait gagner du temps et évite d’autres déboires. Pour une bonne cuisson six phases proprement dites :

L’ENFOURNEMENT :

Procédez avec beaucoup de soin. Disposez vos pièces de manière qu’elles aient le moins de contact possible avec les plaques pour éviter ce que l’on appelle les ponts thermiques.Disposez sous chaque pièce des barrettes réfractaires. Pour les carreaux utilisez des échelles, des théâtres ou supports spécialisés pour les assiettes. En aucun cas les décors ne doivent être en contact avec un support. Pour les faïences posez-les sur les parties non émaillées car elles risqueraient de rester collées sur leurs supports. Si vous utilisez des produits risquant de couler sur vos plaques pendant la cuisson, enduisez au pinceau vos plaques d’un engobe de protection se mélangeant à l’eau. .Il est aussi judicieux de placer les petites pièces dans le bas du four et les plus importantes dans le haut. Laissez un espace suffisant entre chaque pièce (environ 3cm) pour réduire les risques de projection de couleur d’une pièce à l’autre. Les plaques importantes supportent mieux la cuisson en position verticale, posées en biais sur des barrettes en bas et appuyées sur les parois du four mais pas contre les résistances.

LE PETIT FEU:

Opération préliminaire qui permet de porter les pièces à cuire de la température ambiante à une température de 600°C, (rouge sombre) début de la fusion des couleurs vitrifiables. C’est la phase la plus critique, ou presque tous les accidents arrivent pour plusieurs raisons. D’une part dans un premier temps, il faut éliminer ce que l’on appelle les »mordants »(huiles essentielles et autres médiums utilisés dans la préparation des couleurs). C’est là qu’intervient la façon dont les couleurs ont été préparées :trop d’épaisseur, trop d’essence grasse provoque des ébullitions en surface et la couleur « saute » ou »pèle » d’où des points de couleur sur les pièces voisines et des décors avec retraits de couleurs disgracieux. D’autre part les « mordants » en brûlant dégagent des odeurs et de la fumée .Pour cela, il est impératif de laisser les ouvertures d’aération du four ouvertes jusqu’à 450°C au moins. Dans le cas ou les ouvertures sont fermées en début de cuisson cette fumée se redépose sur les pièces en matifiant décors et émail. Si toutefois vous avez ce phénomène, malgré ces précautions, « dégazez » le four en le montant à vide avec son matériel réfractaire à la température maximum et faites en finale un palier d’une bonne demi-heure. Pour ceux qui ne dépassent jamais 900° exécutez cette manœuvre au moins une fois par an .Ensuite arrivent les modifications physiques de la structure des céramiques dues à l’élévation de température .C’est ce que l’on appelle : l’inversion des quartz ou « point quartz ».Toutes les céramiques contiennent une quantité de quartz relativement importante,soit naturellement dans la composition de l’argile ou du kaolin Pour les porcelaine soit par ajout à la pâte sous forme de silex broyé(environ 20%). Le réseau cristallin du quartz dépend de la température. Lors de la montée en température, les cristaux de quartz se redisposent d’eux-mêmes dans un ordre un peu différent et cette nouvelle disposition s’accompagne d’un léger changement de volume. A la température de 573° C , les cristaux de quartz subissent une transformation ; le passage du quartz alpha au quartz bêta .Cette redisposition est marquée par un léger accroissement de volume ‘environ 2%) , d’ailleurs réversible : lors du refroidissement , le quartz bêta redevient quartz alpha , retrouvant ainsi son réseau cristallin initial et son volume originel. Ce changement de volume du quartz bien qu’assez faible, doit s’accomplir lentement pour éviter les dégâts. Si une partie d’une pièce est chauffée plus vite qu’une autre, cette dilatation inégale peut la faire se fendre voire éclater. On doit prendre les mêmes précautions lors du refroidissement pour passer sans encombre le retrait qui se produit à 573°C .Une montée ou un refroidissement trop rapide à ce moment critique de la cuisson sont responsables d’un pourcentage important des dégâts constatés au défournement. La cuisson des grosses pièces doit être particulièrement surveillée à cette température, surtout si le four ne chauffe pas d’une manière uniforme. De 20° à 600° , il faut donc prendre son temps , d’une part pour obtenir des décors brillants et des pièces intactes. Il est recommandé d’exécuter une montée de 80°C/heure pour les très grosses pièces de faïence (grande fontaine) soit 450 minutes et de calculer cette montée à chaque fois en fonction des pièces enfournées. Par exemple de petites pièces de porcelaine peuvent se cuire en 120 minutes soit 300°/heure. Il vaut mieux prendre son temps, la différence de la consommation électrique du four étant négligeable.

LE GRAND FEU :

Phase où votre four peut donner sa pleine puissance pour atteindre la température finale qui permettra à votre décor de se fondre définitivement sur la glaçure existante. Les couleurs mélange d’oxyde pigment et de fondant (sorte de verre fusible) se vitrifient entre 600°C et 880°C selon la qualité de couleurs (avec ou sans bisilicate de plomb). Le choix de la température finale dépend de l’émail qui supportera votre décor. Les glaçures faïence, grès,et bone china(porcelaine britannique ou chinoise)étant plus fusibles, il faudra réduire la température finale pour que vos couleurs puissent se fixer sans être altérées par le support. Pour les faïences 740°C à 770°C, Grès, bone china 770°C à 800°C, porcelaine dure 800°C à820°C( pour les couleurs dites plombeuses). Ajouter au moins 30°C pour les couleurs non plombeuses car elles sont moins fusibles. La qualité et l’épaisseur de l’émail sur lequel vous posez votre décor ont aussi de l’importance dans la brillance, la profondeur et la luminosité des couleurs. Par malheur, toutes les porcelaines et faïences en circulation ne sont pas toujours d’une qualité exemplaire, ce qui provoque quelques désagréments pendant ce grand feu : Matification irrégulière des glaçures, apparition de bulles en surface surtout dans le cas de fabrication en monocuisson (cuisson émail et pâte crue) indécelable à l’achat. La multiplication des cuissons peut être aussi une cause de défauts. Il est recommandé dans tous les manuels de céramique de réduire le nombre de cuissons au minimum. Il en est de même pour les couleurs vitrifiables modernes qui peuvent se poser en cuisson unique. On peut toutefois se réserver un deuxième feu pour quelques retouches et la pose des couleurs métalliques à plus basse température.

LE PALIER :

Etape nécessaire qui permet de maintenir la température de fusion pendant un certain temps.
Pour deux raisons :

La durée du palier dépend de la charge des pièces enfournées (pièces et supports réfractaires) et est suffisante entre 5 et 15 minutes.

LE REFROIDISSEMENT :

Ce n’est pas fini :outre le repassage du point quartz dont nous parlions plus haut (pour le point quartz le refroidissement n’est pas un problème du fait de l’inertie thermique des fours). Le refroidissement peut faire apparaître de nouveaux provoqués par le décorateur lui-même, si des produits pour favoriser le tressaillage ont été appliqués sur la glaçure pour enlever celle-ci par écaillage. Par contre, des réseaux de craquelures peuvent apparaître sur toute la pièce en raison d’un mauvais calcul du coefficient de dilatation de la glaçure par rapport au biscuit : c’est le fabricant qui est responsable. Le même défaut peut aussi se produire à l’emplacement du décor, c’est l’apport de couleurs vitrifiables qui modifiant le coefficient de dilatation localement provoque ce défaut. Il faut faire attention à l’apport de fondant pour réaliser des putoisages. Il ne faut normalement jamais dépasser 5% dans le mélange sous peine de reproduire les défauts déjà mentionnés. L’ouverture des clapets d’aération du four reste facultative, tout dépend de l’empressement de l’artiste à découvrir ses œuvres et de la nature des pièces mises en cuisson. Si on est très pressé on peut entrouvrir la porte du four vers 200°C. Cela est extrêmement déconseillé pour les faïences.

LE DEFOURNEMENT :

Il s’effectue dans tous les cas quand on peut sortir les pièces à main nues.

CONCLUSION :

De nos jours tous les fours sont équipés de lecteurs digitaux et de microprocesseurs, facilitant la programmation et l’exécution des étapes décrites plus haut. Toutefois si vous avez des questions supplémentaires concernant l’art de la cuisson n’hésitez pas à me contacter.

Alain Gauchet